Atelier de pré-validation des documents du Plan National Climat et de la CDN 3.0 du Cameroun

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Le Cameroun franchit une étape cruciale dans sa politique climatique nationale

Date et lieu : 4 Juin 2025, Hôtel Dajoll, Mbankomo, Cameroun.

L’hôtel Dajoll de Mbankomo accueille du 2 au 5 juin 2025 un atelier d’enrichissement et de validation des livrables des travaux réalisés dans le cadre de l’élaboration du Plan National Climat (PNC) et de la révision de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0) du Cameroun. Cet événement de quatre jours marque une étape décisive dans la politique climatique du pays.

Un processus inclusif et ambitieux soutenu par des partenaires stratégiques

Organisé par le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), sous la supervision conjointe des Secrétaires Généraux du MINEPDED et du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), cet atelier bénéficie de l’appui technique et financier de l’Initiative pour la Forêt d’Afrique Centrale (CAFI).

L’atelier rassemble une diversité d’acteurs nationaux et internationaux, notamment des représentants des administrations sectorielles clés, des collectivités territoriales décentralisées, du secteur privé, des organisations de la société civile et des partenaires techniques et financiers.

Ces travaux s’inscrivent dans la dynamique du nouveau cadre institutionnel de coordination et de suivi de la mise en œuvre de l’agenda climatique au Cameroun, créé par l’arrêté N°00002/CAB/MINEPDED du 21 mai 2024. Ce dispositif témoigne de l’engagement renforcé du gouvernement pour une gouvernance climatique plus efficace.

Des livrables intermédiaires essentiels à la formulation des stratégies climatiques

L’atelier examine et valide quatre livrables intermédiaires cruciaux qui façonneront les orientations climatiques du Cameroun:

  1. Évaluation de la mise en œuvre de la CDN précédente

Un diagnostic approfondi de la mise en œuvre de la CDN révisée de 2021 a été présenté, montrant un taux de réalisation global d’environ 75% des mesures planifiées. Selon le rapport d’évaluation, le secteur forestier affiche le meilleur taux de réalisation (90%), suivi des secteurs de l’énergie et des déchets (50% chacun), tandis que le secteur agricole présente un taux de réalisation d’environ 40%.

Les obstacles identifiés incluent l’insuffisance d’intégration des priorités climatiques dans la planification opérationnelle, le manque de suivi et de collecte de données fiables, et la complexité d’accès aux financements climatiques.

  1. Évaluation des mesures et options d’atténuation

L’analyse des mesures d’atténuation mises en œuvre depuis 2021 a permis d’identifier les secteurs ayant le plus contribué à la réduction des émissions de GES. Des projets majeurs comme la mise en service des barrages de Natchigal et Lom Pangar (270 MW), l’installation de centrales solaires à Maroua et Guider (104,16 MW), et la distribution de 120 000 foyers améliorés dans la zone sahélienne ont été mis en avant dans le rapport.

Conformément au rapport sur les mesures d’atténuation, les projections des scénarios pour la CDN 3.0 suggèrent des objectifs de réduction de 38% d’ici 2030, 41% d’ici 2035 et 50% d’ici 2050, représentant respectivement 45 252 Gg CO₂eq, 57 400 Gg CO₂eq, et 100 000 Gg CO₂eq.

  1. Évaluation des actions d’adaptation

Ce livrable a permis de mesurer les progrès réalisés en matière de résilience climatique et d’identifier les secteurs et zones géographiques les plus vulnérables. Les résultats montrent des avancées significatives dans les secteurs de l’agriculture et de la foresterie, mais des lacunes persistantes dans les secteurs de l’élevage, de la pêche et de l’assainissement.

L’analyse souligne l’importance d’une approche territoriale différenciée selon les cinq zones agro-écologiques du pays, chacune faisant face à des défis climatiques spécifiques :

  • Zone Soudano-Sahélienne (Nord, Extrême-Nord): sécheresses prolongées et inondations saisonnières.
  • Zone de Savane Haute Guinéo-soudanienne (Adamaoua, Nord-Est du Centre): allongement de la saison sèche.
  • Zone des Hautes Terres (Ouest, Nord-Ouest): érosion et glissements de terrain.
  • Zones Forestières Humides à Pluie Unimodale et Bimodale: perturbation des saisons et feux de forêt accrus.

4. Analyse pour l’intégration du genre et des groupes vulnérables

Ce livrable présente une analyse approfondie des inégalités de genre face aux changements climatiques et propose des mesures concrètes pour renforcer l’inclusion et l’équité dans les politiques climatiques. Comme le détaille le rapport, les femmes, les jeunes, les enfants et les personnes en situation de handicap sont particulièrement vulnérables aux impacts climatiques, mais demeurent sous-représentés dans la gouvernance climatique.

Les recommandations incluent:

  • L’intégration systématique de données désagrégées par sexe, âge et handicap dans les études d’impact climatique.
  • La mise en place d’un quota de 40% de femmes dans les comités climat locaux et nationaux (contre 15% actuellement).
  • Le développement de programmes spécifiques de renforcement des capacités des femmes et des jeunes dans les domaines de l’agroécologie, des énergies renouvelables et de la gestion durable des ressources.
  • L’allocation d’au moins 30% des financements climatiques à des projets prenant explicitement en compte la dimension genre (contre 5% actuellement).
  • La création d’un fonds spécifique “Femmes Vertes” doté de 500 millions XAF pour soutenir l’entrepreneuriat féminin dans l’économie verte.

 

Estimation du plan d’investissement

L’un des éléments cruciaux discutés lors de l’atelier est le plan d’investissement présentant une estimation détaillée des besoins financiers pour mettre en œuvre la CDN 3.0 et le PNC. Les besoins totaux sont estimés à environ 16,8 milliards USD d’ici 2030, dont:

  • 5,6 milliards USD pour les mesures inconditionnelles, à mobiliser principalement sur ressources nationales
  • 11,2 milliards USD pour les mesures conditionnelles, nécessitant un soutien international.

La répartition sectorielle proposée alloue:

  • 40% au secteur de l’énergie
  • 30% à l’agriculture et la foresterie
  • 15% aux infrastructures résilientes
  • 10% aux déchets et à l’économie circulaire
  • 5% aux autres secteurs.

Le plan identifie également des sources de financement potentielles, notamment le Fonds Vert pour le Climat, le Fonds pour l’Environnement Mondial, les financements bilatéraux, les mécanismes de l’Article 6 de l’Accord de Paris, et la mobilisation du secteur privé.

Des mesures concrètes et adaptées au contexte camerounais

L’atelier a permis de discuter et d’enrichir un ensemble de mesures d’atténuation et d’adaptation spécifiques aux différentes zones agro-écologiques du Cameroun, tel que proposé dans les rapports sectoriels:

  • Zone Forestière Humide à Pluie Unimodale (Sud-Ouest, Littoral, partie sud du Centre) : Les mesures incluent la gestion durable des forêts, la transition vers les énergies renouvelables, l’adoption de techniques agroécologiques, et l’amélioration de la gestion des déchets urbains.
  • Zone Forestière Humide à Pluie Bimodale (Sud, Est, Centre) : Les interventions prioritaires comprennent la réduction de la déforestation, la promotion de pratiques agricoles à faible émission, la prévention des feux de forêt, et la décarbonation des activités minières.
  • Zone des Hautes Terres de l’Ouest : Les mesures concernent l’optimisation des pratiques agricoles, la réduction des engrais chimiques, la transition énergétique, et la gestion durable de l’élevage.
  • Zone Savane Haute Guinéo-soudanienne (Adamaoua, Nord-Est du Centre) : Les actions incluent la gestion durable des pâturages, le reboisement, l’agroforesterie, et la décarbonation des activités de transformation animale.
  • Zone Soudano-Sahélienne (Nord, Extrême-Nord) : Les initiatives prioritaires sont la substitution du bois-énergie, l’amélioration des pratiques agricoles durables, la gestion des déchets organiques, et l’optimisation des systèmes d’irrigation.

 

Un cadre de mise en œuvre renforcé pour des résultats tangibles

L’atelier a également permis de discuter des mécanismes de mise en œuvre du PNC et de la CDN 3.0, notamment :

  • Un dispositif institutionnel renforcé par le récent arrêté N°00002/CAB/MINEPDED du 21 mai 2024, placé sous la supervision du Premier Ministre
  • Un système de Mesure, Notification et Vérification (MNV) robuste, tel que décrit dans le rapport sur le MNV, pour assurer la transparence et le suivi des progrès
  • Une stratégie de mobilisation des financements diversifiée, incluant des fonds nationaux, internationaux et des mécanismes innovants
  • Un plan de renforcement des capacités des acteurs nationaux et locaux, avec une attention particulière aux femmes et aux jeunes

Les participants ont souligné l’importance de l’appropriation nationale et de l’implication du secteur privé dans la mise en œuvre de ces documents stratégiques. Ils ont également insisté sur la nécessité d’une meilleure intégration des priorités climatiques dans les Cadres de Dépenses à Moyen Terme des ministères sectoriels.

 

Prochaines étapes

À l’issue de cet atelier, les documents du PNC et de la CDN 3.0 seront finalisés en intégrant les contributions des parties prenantes. Conformément au calendrier établi dans les TDR, le Cameroun prévoit de soumettre sa CDN 3.0 à la CCNUCC avant septembre 2025, en vue de la COP-30 qui se tiendra au Brésil en novembre 2025.

La mise en œuvre effective de ces documents stratégiques s’appuiera sur les enseignements tirés de l’évaluation de la CDN précédente et sur les nouveaux outils développés pour assurer un suivi plus rigoureux des résultats.

 

Conclusion

Cet atelier de validation marque une étape décisive dans l’engagement du Cameroun en faveur de l’action climatique. La finalisation du Plan National Climat et la révision de la CDN 3.0 témoignent de la volonté du pays de transformer la contrainte climatique en opportunité de développement, conformément à la vision nationale dans ce domaine résumée dans le slogan : « transformer la contrainte climatique en opportunités de développement ».

Le défi réside maintenant dans la mise en œuvre effective de ces politiques ambitieuses, qui nécessitera une mobilisation sans précédent des acteurs nationaux et internationaux, ainsi qu’un renforcement considérable des mécanismes de financement, de suivi et d’évaluation.